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La parole de Daniel Estève
les Nuits d’été de Villebois
8, 10, 11, 12 juillet à Villebois-Lavalette.
Après une édition 2007 réussie, le festival de musique française, Les Nuits d’été à Villebois, reprend ses quartiers au château de Villebois-Lavalette. L’occasion d’y voir deux spectacles dans un café reconstitué dans la très belle cour. Petite conversation au coin du zinc avec Daniel Estève, directeur artistique du festival, mais aussi chanteur et metteur en scène de la compagnie de l’Arène, initiatrice des Nuits d’été de Villebois.
Daniel Estève, en quelques mots, présentez-nous la Cie de l’Arène…
Daniel Estève. J’ai toujours eu envie de créer une compagnie de théâtre musical. J’ai d’abord dirigé un ensemble vocal, l’ensemble “Mille e tre”, qui se produisait dans les maisons d’opéra. Comme nous souhaitions élargir les activités de l’ensemble à des créations, c’est tout naturellement que nous nous sommes transformés en compagnie en novembre 2006. J’avais alors dans mes cartons des projets de spectacles et je cherchais un compositeur arrangeur avec qui travailler. C’est ainsi que Vincent Prezioso est devenu mon principal complice dans cette aventure. Notre souhait était avant tout de créer une famille artistique autour d’un large projet de théâtre musical, allant de l’opéra à la comédie musicale contemporaine. Création de spectacles, mais également formation, tant dans le milieu scolaire que professionnel. J’ai alors réuni autour de moi des artistes, comédiens, chanteurs, musiciens et techniciens qui travaillent avec moi depuis longtemps, y compris quand je mets en scène dans des cadres différents de la compagnie.
Au départ, quel était votre projet avec Les Nuits d’été de Villebois ?
Daniel Estève. Passionné de musique française, je souhaitais créer un festival qui mettrait en regard musique populaire et musique savante, selon la formule consacrée. L’idée était donc de programmer chaque année un spectacle de musique dite « classique » et un autre de « variété française », les deux s’articulant autour d’un même thème. C’est ainsi que la programmation de cet été tournera autour du café, du bistrot au caf’conc’.
L’année dernière, vous présentiez un hommage à Barbara. Cette année, dans Les Amis de Monsieur,votre regard se porte sur Yette Bertholy, votre aiëule.Est-ce une façon de célébrer les chanteuses françaises et leur manière d’accompagner leur époque ?
Daniel Estève. J’ai découvert Barbara en 1981 à Pantin et l’ai suivie jusqu’à la fin. Ce qui m’a toujours impressionné chez cette femme, c’est le magnétisme qu’elle avait sur son public. Ce n’était plus des concerts, mais de véritables fêtes où elle conviait quatre générations de spectateurs. Elle a été d’autre part une chroniqueuse de son temps, puisqu’elle écrivait des chansons sur les sujets d’actualité qui la touchaient, ou modifiait les paroles de ses chansons en fonction des évènements, comme Perlimpinpin, qui rendit tout à coup hommage aux étudiants de Tienanmen. En ce qui concerne mon arrière-grand-mère, c’est assez différent, puisqu’elle était uniquement interprète, mais il est vrai que les chansons de cette époque, sous des dehors parfois légers, sont un véritable reflet de la vie, et qu’on peut décrire avec des petites histoires la grande Histoire française et européenne de la première moitié du XXe siècle.
On peut supposer que l’envie de raconter la vie de votre arrière-grand-mère remonte à longtemps. Qu’est-ce qui vous a poussé à présenter Les Amis de Monsieur lors des Nuits d’été de Villebois ?
Daniel Estève. J’ai découvert assez tard la véritable renommée de mon aïeule, car ma grand-mère en parlait très peu. En fait, les quelques anecdotes que j’avais entendues venaient de ma mère et je savais juste qu’elle avait évolué dans le milieu du spectacle. à la mort de mes grands-parents, j’ai hérité d’un certain nombre de programmes et d’affiches, et me suis alors rendu compte qu’elle avait été une « vedette parisienne », comme on disait à l’époque. Elle a été une collègue de Mayol et de Jane Avril, elle a chanté de Paris à Saint-Pétersbourg, passant de l’opérette à la revue. Depuis l’enfance, j’écoute Fréhel, Damia, Yvette Guilbert, Lina Margy, Fragson…C’est donc assez naturellement que cette idée de spectacle a surgi.
Le choix du cadre du château de Villebois-Lavalette s’est-il imposé de lui-même ?
Daniel Estève. En fait, j’ai rencontré Bernard Devivie, président de l’office de tourisme d’Horte et Lavalette, au moment où j’avais cette idée de festival. La programmation et les artistes étaient choisis, il me manquait juste un lieu. M. Fradin, propriétaire du château, et Bernard m’ont offert un véritable écrin, et le travail de toute une équipe a fait le reste.
Mélanger airs d’opéra-bouffe et fable de comptoir, il fallait oser. En quelques mots, peut-on connaître la trame de l’histoire d’Offenbach’s Café, Zinc Tragédie ?
Daniel Estève. Opéra-bouffe dans un café, le mot est savoureux, je n’y avais pas pensé! Plus sérieusement, c’est aussi un vieux projet. Depuis longtemps, je relève les conversations ou anecdotes de mes proches que je trouve particulièrement cocasses. La difficulté était de les réunir dans un même spectacle et de leur donner une forme dramaturgique relativement claire tout en les rendant le plus universelles possible. Le choix d’Offenbach s’est assez vite imposé, outre le fait que j’ai une tendresse toute particulière pour sa musique, parce que la trame de son œuvre est une vaste critique de son époque. En une dizaine de tableaux, je raconte la vie d’un couple de Thénardier, nanti d’un loufiat paresseux autant qu’inutile, dans un café désespérément vide de clientèle. Je voudrais préciser que toutes les situations décrites partent de faits rigoureusement authentiques et vécus. Ayant été un acteur de toutes ces histoires, c’est donc un témoignage de première main que je vous offre.
Dans Offenbach’s Café, Zinc Tragédie, vous vous attachez à l’essence d’un lieu pour mettre en scène une fable rythmée par les compositions d’Offenbach. Finalement, ce que vous recherchez, n’est-ce pas simplement à raconter la vie ? En cela, vous vous inscrivez dans une tradition de la chanson française, non ?
Daniel Estève. à la fois la chanson française, mais également un certain théâtre que j’ai pratiqué lors de mon passage en troupe chez Savary. J’ai l’impression de m’inscrire très modestement dans une mouvance de saltimbanques qui créent un véritable théâtre populaire depuis les années 80. Les Dechiens et Les brèves de comptoir de Gourio et Ribes sont un peu les cousins de mes personnages. J’aime cet humour politiquement incorrect mais toujours empreint d’une immense tendresse. La méchanceté de cet univers, contrairement à ce que l’on peut croire, égratigne seulement les gens imperméables à l’autodérision. Le seul credo de ces créateurs géniaux est de laisser libre cours à leur folie.
La compagnie de l’Arène est à la fois tête pensante et colonne vertébrale du festival. Vous vous basez sur le théâtre musical, mais quelles sont les influences de la compagnie en elle-même ?
Daniel Estève. D’un éclectisme absolu, puisque nous travaillons tous dans différents milieux, l’opéra, la comédie musicale, le théâtre… Berio avait coutume de dire que l’opéra était un art musée et prédisait sa chute. Si on veut faire mentir cette prophétie, il faut créer des passerelles entre les arts de la scène pour faire de toutes les expressions théâtrales un immense vivier où l’on peut puiser des inspirations et des talents. C’est ce que j’essaie de faire avec la compagnie, puisque nos programmations vont de la chanson à l’opéra, et que mes mises en scène sont le résultat d’un voyage à travers tous ces univers.
En dehors des deux pièces que vous présentez, peut-on s’attendre à d’autres découvertes durant ces cinq jours de festivités ?
Daniel Estève. Comme l’année dernière, nous allons animer le village et ses alentours. J’ai invité un garçon qui a joué dans un spectacle que j’ai mis en scène à l’opéra d’Avignon et plus récemment à celui de Toulon. Il sera notre chanteur des rues, passant de terrasses en bistrots en s’accompagnant à l’accordéon. Nous resterons ainsi dans le même thème! J’espère que son talent fera monter les badauds jusqu’à notre café, celui que nous installerons pour une semaine dans la magnifique cour du château, pour y découvrir Bertholy et les tenanciers de l’Offenbach’s café
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