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Ballets-Studio
La Belle est une étoile
Les 27 et 28 juin, sur le site industriel d'Aproval dans la
forêt de la Braconne, le spectacle La Belle est une
étoile provoquera la symbiose de deux univers qui se
croisent mais jamais ne se rencontrent.
Normal, l'industrie génère du concret et l'art
de l'imaginaire.
Mais, pendant deux soirées, l'espace d'un instant...
au milieu du chaos : la grâce...
SORTIR En bref, que va-t-il se passer
sur le site d'Aproval ?
BALLETS-STUDIO. Cest un voyage artistique au sein dune
entreprise. Plusieurs artistes vont s'approprier un site industriel
pour concevoir un voyage qui sort du visuel, de l'architecture,
de la fonction primaire de ce site. Ils vont essayer de transcender
ce site en prenant tout ce qu'ils trouveront à l'intérieur
SORTIR : à la base, c'est un
spectacle de danse classique
BALLETS-STUDIO. Ce spectacle est né de la relation
de la danse classique et d'un site industriel. Pour faire
voir que la danse classique pouvait visuellement et techniquement
changer de lieu de diffusion et ne plus se produire dans une
voix conventionnelle mais s'inspirer d'autres lieux et d'une
autre architecture pour être créatrice et novatrice.
La danse classique peut être novatrice
SORTIR. Le langage chorégraphique
reste le même ?
BALLETS-STUDIO. Le langage chorégraphique de La belle
est une étoile tire sa source et sa substance de la
technique classique mais, au final, ce langage est réapproprié
de façon moins académique pour faire une gestuelle
plus contemporaine et plus actuelle. Nous ne sommes pas non
plus dans un langage contemporain. Nous allons être
dans un langage de chorégraphes actuels avec toutes
les incursions que font certains chorégraphes comme
Thierry Malandain, Jean-Christophe Maillot, ou d'autres chorégraphes
qui sont moins connus en France comme Mauro Bigonzetti ou
Krzysztof Pastor.
SORTIR. Est-ce que cela veut dire que le public, qui
n'est pas habitué aux codes de la danse classique,
va mieux pouvoir lire La Belle est une étoile
?
BALLETS-STUDIO. La gestuelle de la danse classique est une
technique de la virtuosité et de rigueur. On va reconnaître
un bon danseur classique au nombre de pirouettes et à
sa façon de les interpréter et de les mettre
en mouvement. Il y a une performance technique à l'intérieur
de la danse classique. C'est quelque chose que l'on gomme
complètement. Tout d'un coup le mouvement a une histoire,
a un sens et c'est une lecture du corps qui vient de la technique
de la danse contemporaine. Le mouvement va avoir une signification
plus profonde et plus adaptée. Les danses ne vont pas
être une succession d'architecture et de techniques.
Les mouvements vont raconter une histoire, une atmosphère,
une ambiance. C'est une chorégraphie qui est mimée.
SORTIR. Comment est née cette
idée de rencontre des extrêmes entre la danse
classique et l'industrie ?
BALLETS-STUDIO. En tant qu'école de danse, nous avons
eu cette idée de sortir de la manière conventionnelle
de traiter le spectacle. Nous voulions aller plus loin. Nous
voulions vraiment créer une rencontre de la danse classique
dans un site, dans un lieu
s'inspirer de ce lieu.
SORTIR. Est-ce la trame de l'histoire
de La Belle au Bois Dormant qui vous a orientés
vers ce type de lieu ou est-ce parce que vous disposiez de
ce lieu que vous avez adapté cette uvre ?
BALLETS-STUDIO. C'est un peu les deux. On avait très
envie de refaire une adaptation de La Belle au Bois Dormant
et nous avons présenté le projet à ce
chef d'entreprise (Jean-Michel Cohen) dans ce sens : il a
une entreprise de recyclage ; nous voulons remonter La Belle
au Bois Dormant ; la belle au bois dormant est une jeune femme
qui s'endort avant de se réveiller ; l'entreprise de
recyclage gère des matières endormies qui vont
se réveiller pour une renaissance. Présenté
de la sorte, le projet s'est aussitôt noyauté
avec enthousiasme. C'est la rencontre avec ce chef d'entreprise,
ce concours de circonstance qui a fait que le projet a vu
le jour.
SORTIR. Même si cela peut faire
peur, peut-on dire que c'est un spectacle de fin d'année
?
BALLETS-STUDIO. Non, car on ne fait pas systématiquement
de spectacle de fin d'année. Le rythme serait plutôt
tous les deux ans. Il y a deux ans, nous avons monté,
de manière tout à fait conventionnelle, Cendrillon
au Théâtre d'Angoulême. Nous n'avons jamais
fait de gala de fin d'année comme en font généralement
les écoles. C'est vrai que les interprètes du
spectacle sont des élèves donc des enfants.
Les âges vont de 5 à 18 ans. Les 15/18 ans tiennent
vraiment la route. Quelques danseurs adultes vont interpréter
des rôles de personnages de la cour. Ce ne sont pas
des professionnels mais nous avons toujours essayé
de les mettre en situation pour qu'ils deviennent acteur d'un
spectacle avec leur âme d'enfant. Notre but est de faire
autre chose avec cette matière extraordinaire : créer
un réel spectacle. Ça été
Cendrillon. C'est La belle est une étoile cette année.
Nos 120 élèves sont des enfants avant d'être
des danseurs et l'on utilise cette âme d'enfant pour
apporter autre chose qu'une concentration de prouesses techniques.
Il faut mettre ces enfants dans une situation d'enfant et
non pas dans une situation de danseurs professionnels. Dans
leur interprétation, on trouvera beaucoup de fraîcheur,
de spontanéité et dengagement.
SORTIR. Pour accompagner les élèves,
il y aura un danseur professionnel
BALLETS-STUDIO. Oui, c'est Luca Masala, un danseur classique
qui fait une carrière internationale et qui est danseur
principal au Ballet du Capitole de Toulouse. Auparavant, il
était danseur principal à Munich . Le fait que
Luca Masala se déplace à Angoulême pour
La Belle est une étoile est un événement
pour nous, organisateurs, mais aussi pour l'école et
on pense pour la Charente. C'est un très grand interprète
et très beau danseur. C'est quelqu'un qui se prête
complètement au jeu de notre spectacle. Pour les élèves
de notre école, le contact avec un professionnel qui
a une très grande carrière, une très
grande générosité, est important. Il
vient régulièrement voir les élèves
pour donner son temps et son savoir. Il sera avec nous les
dix jours avant le spectacle. Il ne peut pas faire une grande
résidence car il a un emploi du temps très chargé
(il part dix jours aux États-Unis puis ensuite à
Munich pour faire des guests, puis il a un spectacle à
Toulouse). Nous avons vraiment de la chance de l'avoir ici.
SORTIR. La Belle est une étoile,
c'est aussi de la sculpture ?
BALLETS-STUDIO. Au départ, il y avait ce projet de
danse du Ballets-Studio avec le site industriel d'Aproval.
Florent Poujade est venu se greffer sur ce projet avec ses
sculptures et ses scénographies contemporaines qui
vont être placées comme visuel à l'intérieur
de l'entreprise, modifiant ainsi la vision industrielle du
site. Ensuite, il va faire une création de sculptures
qui vont être mises en situation et vont faire partie
du parcours que les gens vont utiliser. Il va créer
aussi et aménager un lieu, un espace-bar-foyer, sur
une grande plate-forme. À partir de matériaux
trouvés sur le site et d'instruments utilisés
par l'entreprise une grue, des godets de tractopelle,
des bennes
, il va créer du mobilier
Il va aussi créer pour la scène une légère
scénographie qui va être composée de matériaux
issus du site.
SORTIR. C'est Nicolas Congé
qui a composé la musique ?
BALLETS-STUDIO. Comme Florent Poujade a transcendé
les matériaux du site pour créer sculptures
et mobilier, Nicolas Congé a utilisé des bruits
de machines enregistrés dans l'entreprise (camions,
ferrailles, presses, etc.) et il a composé une musique
contemporaine qui va être utilisée de plusieurs
façons pendant la représentation. Certaines
de ses compositions vont sortir des sculptures qui seront
ainsi mises en musique ou en bruitage, d'autres accompagneront
les interventions de la Compagnie du Sablier. Nicolas Congé
va recréer en extérieur cette atmosphère
d'industrie à l'aide de ce fond sonore que l'on va
retrouver tout au long du parcours.
SORTIR. La Compagnie du Sablier intervient
aussi ?
BALLETS-STUDIO. La Cie du Sablier, qui est une compagnie de
théâtre, va être présente à
divers moments et va être le lien privilégié
entre le spectateur et la soirée. C'est la Cie du Sablier
qui va conduire le public vers les divers moments de cette
soirée. Dès le départ, grâce à
l'intervention de la Cie, les spectateurs vont se plonger
progressivement dans l'histoire et dans l'atmosphère
de La Belle est une étoile
La compagnie est libre
de faire ce qu'elle veut et aujourd'hui encore, nous ne savons
pas de quelle manière elle va intervenir, mais ce sera
en lien direct avec une trame où l'on retrouvera le
recyclage, La Belle est une étoile et La Belle au Bois
Dormant... À l'arrivée des spectateurs, la compagnie
du Sablier va servir de sas, de salle de décompression.
Les acteurs vont faire tourner doucement les moteurs et fermer
les écoutilles avant l'immersion du sous-marin. En
aucun cas, les acteurs ne seront là en tant que traducteurs
ou décodeurs de ce qui va se passer, ils vont emmener
les gens vers divers lieux, divers moments...
SORTIR. Et le spectacle de danse aura
lieu où ?
BALLETS-STUDIO. L'acte I et lacte II auront lieu dans
un hangar aménagé avec un plateau de spectacle
et un gradinage de 1 000 places. Un endroit assez conventionnel
par rapport au reste des aménagements du site avec
un espace public et un espace scénique pour ce moment
de représentation. Sur scène, comme support
scénographique : l'image vidéo. Ce sont Vincent
Billy et Armelle qui ont conçu une création
infographique et abstraite. Cette création est conçue
à partir de bandes vidéo tournées sur
le site et pendant les cours du Ballets-Studio ; elles vont
être retravaillées et accompagneront pendant
une heure quarante la représentation.
SORTIR. Il y a un entracte quand même...
BALLETS-STUDIO. Oui, un peu comme à l'époque
des spectacles baroques où il se passait toujours quelque
chose à l'entracte. Nous allons inviter les gens à
ressortir sur le site et le spectacle va continuer. Quand
les spectateurs sont arrivés, il faisait jour. Quand
ils ressortiront pour l'entracte, il fera nuit, et là,
au milieu des bois et de ce site industriel, il y aura toute
une mise en lumière, une création-lumière
de Thierry Faury, qui va révéler des formes,
des éclats de matière, une architecture... un
mystère...
SORTIR. Une musicienne du conservatoire va aussi intervenir
pendant l'entracte...
BALLETS-STUDIO. Les spectateurs vont se retrouver dehors,
au milieu de ce visuel, et le principe sera de mettre ce lieu
en décalage avec la musique classique. Une personne.
Il s'agit de Cécile Boy-Riva. Un peu la solitude de
l'homme face au monde industriel. Une violoncelliste au milieu
de cette architecture, en haut d'un tas de ferraille, avec
une partition, certainement une sonate pour violoncelle de
Bach. Une vingtaine de minutes de musique classique et les
gens, pendant cet entracte, auront la vision et l'écoute
de cette violoncelliste... À la fin de la partition,
retour tout doucement de Nicolas Congé et de sa musique
électro-acoustique ; le bruit de l'entreprise va reprendre
le dessus... la Cie du Sablier va de nouveau intervenir pour
diriger les spectateurs vers le deuxième acte du ballet...
SORTIR. On retrouve dans le ballet
l'histoire de La Belle au Bois Dormant ?
BALLETS-STUDIO. L'acte I de La Belle est une étoile
(partition de Tchaïkovski) se passe dans un royaume proche
du chaos, mais qui reste quand même très proche
des histoires que l'on connaît : un roi, une reine et
tous les personnages pouvant composer un royaume. Dans le
premier acte, la belle se pique et meurt... elle ne s'endort
pas, elle meurt. Dans le second acte (partition de Puccini,
La messe de Gloria), on se retrouve dans un univers au milieu
des étoiles : c'est le parcours de l'âme juste
après la mort, avec ses doutes et ses souvenirs. Une
errance avant un autre monde. Le passage où l'âme
sort du corps. Il y a un très grand décalage
entre l'acte I et l'acte II dans la conception même
du ballet. Ce sont deux mondes complètement différents.
Chorégraphiquement aussi, il y a une rupture complète.
La fin du spectacle est conçue comme une sortie progressive
d'un rêve. Ce sera quelque chose d'un peu informel et
le public va pouvoir rencontrer, au milieu de ce site, les
artistes et divers complices qui ont participé au spectacle.
Le spectateur ne retrouvera la réalité qu'en
remontant dans sa voiture pour rentrer chez lui. On ne sait
pas à quelle heure finira le spectacle...
SORTIR. L'année prochaine
ou dans deux ans, vous recommencerez ce type de spectacle
?
BALLETS-STUDIO. Certainement pas ! Ce concept ne vit que l'espace
d'un instant. Ce n'est pas fait pour être renouvelé.
Ceux qui ne voient pas le spectacle cette année, ne
le verront jamais !
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