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La Parole de
HEADCASES
"Rangez au fond d’un placard votre catalogue d’étiquettes et de styles musicaux, vous tomberiez à côté du bon mot… power-post grunge ? Noisy-pop-core ? Pré-truc, post-machin ? Soyez par contre assurés d’une chose : Headcases fait de la musique, bonne sous tout rapport, bouffe du live avec fureur depuis une paire d’années et poursuit son chemin sans s’arrêter, la tête dans le guidon et les oreilles en éventail…
Depuis les débuts du trio à Jarnac à la fin des années 90, Headcases est passé du rang d’OVNI local à celui des formations rock les plus prometteuses de l’hexagone…"
Entretien avec Pierre-Louis, chanteur-guitariste du trio.
Sortir. Les trois membres de Headcases sont de Jarnac. C’est quoi l’histoire du groupe ? Des copains de bahut ?
Headcases. C’est ça. Avec Mathieu, le batteur, nous nous sommes connus quand j’étais en 4e. Chacun de notre côté nous voulions faire de la musique et nous avons commencé à jouer ensemble (guitare/batterie) pendant un an. Nous apprenions à jouer en fait. Ensuite nous avons rencontré Laurent, le bassiste, dans un endroit où nous prenions tous les trois des cours de batterie. Laurent avait trouvé une vieille basse dans son grenier et c’est comme ça que nous avons commencé à répéter en trio en 1998.
Sortir. Tu tournes en ce moment sous le nom de Luis Francesco Arena, Laurent le bassiste avec le duo Gâtechien. C’est pour multiplier les expériences musicales ?
Headcases. Disons que maintenant, nous sommes tous devenus des adultes et nous avons tous choisi de vivre de la musique. Notre emploi du temps est réservé à 100 % à cela. Nous avons tous besoin d’une poche d’air à côté du groupe et de monter d’autres projets pour pouvoir évoluer et garder notre musique fraîche avec Headcases. Ces projets se sont construits naturellement. Moi de mon côté, et Laurent avec Gâtechien, nous avons composé pas mal de choses qui ne rentraient pas dans le cadre du groupe Headcases et donc, ces projets parallèles se sont montés sans que l’on se pose de questions.
Sortir. Ces différents projets ont-ils une influence sur Headcases, qui devient au cours des années moins punk et plus accessible ?
Headcases. Je ne dirais pas moins punk, mais moins compliqué. Nous sommes de plus en plus efficaces et nous allons davantage à l’essentiel mais finalement, ce n’est pas forcément plus simple. C’est plus difficile de faire une bonne chanson avec une bonne structure et que tout soit bien placé dans le morceau. Nous évoluons dans ce sens-là. Depuis notre premier album qui s’appelle “Horns are really well sharpened”, nous avons pris un virage avec un format plus pop et disons moins destructuré et expérimental que nous le faisions avant. La musique du trio reste quand même assez punk et je dirais même qu’il y a plus d’énergie qu’à l’époque où nous partions dans tous les sens. Les morceaux sont aujourd’hui plus recentrés et l’on arrive mieux à appuyer là où il faut.
Sortir. C’est votre nouvelle direction : un son plus épuré ?
Headcases. Dans le prochain album, le son sera plus brut et il y aura moins d’arrangements que dans le dernier album, “Welcom the intruder”. Nous allons plus travailler sur les sons que nous aurons trouvés en «live» plutôt que de rajouter des couches instrumentales en studio. Le son y sera plus brut et spontané. Le prochain album sera plus dans les extrêmes : à la fois plus pop que le dernier album, mais on y trouvera aussi des choses plus dures.
Sortir. Le prochain album sera enregistré à Chicago… ?
Headcases. On enregistre la dernière semaine d’avril à Chicago dans le studio de Steve Albini qui est reconnu dans le monde du son. L’ingénieur du son sera Jon Congleton qui est le chanteur de The Paperchase, un groupe de Dallas que nous aimons beaucoup. Nous nous étions rencontrés à la Guinguette Pirate à Paris où nos deux groupes jouaient le même soir. Nous avions discuté ensemble. Il appréciait bien ce que l’on faisait et du coup, nous en sommes venus au fait que ce serait lui qui produirait le prochain album car nous trouvons très intéressant ce qu’il apporte dans l’enregistrement des albums de The Paperchase au niveau des ambiances. On est très contents de travailler avec lui car au niveau des sonorités, nous sommes conscients qu’il peut nous apporter des choses nouvelles par rapport aux sons qu’il peut produire.
Sortir. Comment ça se prépare un album aux États-Unis ?
Headcases. Je t’avoue que pour l’instant, nous ne nous en rendons pas vraiment compte. Pour l’instant, ça se prépare comme nous avons préparé tous nos autres disques : des répétitions, essayer d’être le plus prêt possible… La seule chose qui change par rapport aux autres enregistrements, c’est toute la paperasserie : les passeports, les visas… et un peu aussi la peur de l’avion. Dans nos têtes, c’est la seule chose qui change. Peut-être que l’on se rendra vraiment compte de l’importance d’enregistrer aux États-Unis au moment où nous aurons un pied dans l’avion et qu’il sera prêt à décoller. Pour l’instant, nous sommes plus concentrés sur les chansons et celles que nous allons enregistrer… après, les choses viendront naturellement.
Sortir. Vous avez le soutien de La Nef ?
Headcases. C’est vrai que La Nef nous parraine. Ils nous aident pour concrétiser le projet du prochain album. Ils nous aident aussi pour trouver des dates et surtout pour nous professionnaliser. De plus, ça nous arrive de répéter à La Nef. Deux d’entre nous habitent maintenant à Poitiers et le troisième à Angoulême. C’est pratique d’avoir un lieu de répétition «clé en main». Sinon, pour jouer entre nous, nous avons toujours notre vieux local à Jarnac où nous retrouvons nos origines.
Sortir. Une tournée est prévue avant le départ pour les États-Unis ou vous vous consacrez uniquement aux répétitions ?
Headcases. Beaucoup de répétitions et il y a une tournée d’une semaine prévue en avril, juste avant l’enregistrement du disque. La dernière date sera le 21 à Grenoble et nous prenons l’avion le 23. Cette série de dates nous permettra de roder les nouveaux morceaux sur scène avant de les enregistrer.
Sortir. Pas de dates prévues aux États-Unis ?
Headcases. On va essayer de faire en sorte de pouvoir jouer un peu là-bas, car ce serait quand même dommage d’y enregistrer et de ne pas y faire quelques dates. Nous avons quelques contacts de groupes que nous connaissons et nous essayons de voir ce qui pourrait se faire. Je pense que nous allons faire au moins trois ou quatre dates après l’enregistrement, avant de revenir.
Sortir. Nous vous avons vus récemment à La Nef. Ken Stringfellow, le chanteur des Poses, est venu chanter pendant votre concert sur un morceau. C’était un grand moment ?
Headcases. Très grand moment !!! Je vais parler en mon nom, mais je crois que c’est la même chose pour nous trois : depuis que j’ai 12 ans, je suis vraiment fan de ce groupe. Les Poses, pour moi, c’est aussi important que Nirvana. C’était une sorte de consécration pour nous, d’abord de faire leur première partie sur deux dates, de pouvoir les rencontrer, et surtout que Ken Stringfellow vienne chanter avec nous sur une chanson des Poses que nous reprenons. C’est vrai que ç’a été un grand moment de bonheur et un moment que nous ne sommes pas prêts d’oublier.
Sortir. Nous vous avons vus aussi au Mars Attack à Angoulême faire tout un concert avec des reprises de Nirvana…
Headcases. C’est le groupe qui nous a donné envie de faire de la musique. C’est le groupe qui mettait tout le monde d’accord au sein des Headcases. Mais pas que pour nous : c’est un groupe phare pour toute une génération. Avant Nirvana, nous écoutions d’autres groupes, mais ce sont eux qui nous ont mis le pied à l’étrier, qui nous ont fait connaître toute cette scène. C’est vraiment le premier maillon de la chaîne. C’est un groupe que l’on écoute encore avec plaisir et qui n’a pas vieilli. Vraiment de très bonnes chansons.
Sortir. La place des textes des chansons est importante ou c’est juste un support pour la musique ?
Headcases. C’est vrai qu’à la base, c’est la musique qui rentre au premier plan pour Headcases. Mais, de mon côté, j’aime bien écrire des paroles donc j’y accorde pas mal d’importance. D’ailleurs, elles sont imprimées dans les jaquettes des CD du groupe. Ce que j’aime bien faire, et c’est un peu la même chose avec mon projet solo, ce ne sont pas vraiment des histoires, mais des choses assez imagées… un petit monde secret… c’est plus créer une atmosphère que raconter une histoire.
Sortir. Être un groupe charentais, c’est un handicap ?
Headcases. Non, au contraire et c’est même plutôt rigolo car il y a un mini-phénomène autour du «Jarnac Sound». En fait Jarnac est une toute petite ville (5 000 habitants) et quand nous étions plus jeunes et que nous commencions à écouter ce genre de musique, on faisait tourner des cassettes entre copains (des trucs plutôt pointus d’ailleurs pour nos âges). Ce qui fait qu’il y a plein de groupes qui se sont formés ensuite sur Jarnac. Il y a eu Alaska Raving Mad, Toadstool, Harmless Shadows, Café Flesh qui vient de sortir un disque vraiment étonnant… Et il y en a plein d’autres avec des bandes de copains qui ont formé des groupes. C’est marrant de voir dans des fanzines ou des magazines spécialisés des gens qui parlent du «Jarnac Sound». Maintenant, être charentais ou marseillais, je ne trouve pas que ça change grand-chose… L’important, c’est la musique que l’on fait.
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