juillet 2008
rechercher
brève(s)

Concours Sortir/La Nef

Le règlement

Interviews du mois :

HushPuppies
Garden Nef Party
Daniel Estève
Les nuits d'été de Villebois


l'agenda
prec juillet  2008 suiv
sem lu ma me je ve sa di
27 01 02 03 04 05 06
28 07 08 09 10 11 12 13
29 14 15 16 17 18 19 20
30 21 22 23 24 25 26 27
31 28 29 30 31
L'année en un coup d'oeil
parole

La Parole de…XAVIER LE GOFF Ruffec Hors Les Murs

Depuis le début de la saison, les lecteurs du magazine Sortir ont vu apparaître au fil des pages, de façon parcimonieuse, puis à un rythme plus soutenu, des manifestations culturelles de qualité sur le territoire de Ruffec. Explication : avant l’ouverture du Centre Culturel de Ruffec en 2007, l’Agence Bleu Garance, avec à sa direction Xavier Le Goff, a pour mission d’appliquer une charte de développement culturel, véritable engagement de la ville où s’inscrivent des valeurs comme l’accessibilité et le droit à la culture pour tous, la liberté d’expression et de création pour les artistes ou encore, le sentiment d’appartenance à un territoire de vie. Xavier Le Goff a répondu à nos questions…

Sortir. Avant de venir t’établir à Ruffec, où étais-tu et que faisais-tu ?
Xavier Le Goff. J’arrive de la région Rhône-Alpes où j’étais directeur général du développement culturel de
La Mure. Ce poste consistait à être à la fois directeur du théâtre et d’un cinéma art et essai, directeur du Musée de La Mure, de la bibliothèque et du développement culturel en général. Puis progressivement ont été embauchés un directeur de musée et une directrice de bibliothèque, Nathalie Chanas-Nicot qui est aujourd’hui en poste à Ruffec.

Sortir. Comment es-tu arrivé ici ?
Xavier Le Goff. J’y suis arrivé en tant que consultant en développement culturel. J’avais été informé que la ville de Ruffec cherchait des compétences en matière de développement culturel, j’ai donc pris contact avec elle afin de la solliciter sur la mise en œuvre de son projet. À l’issue de l’étude que j’ai menée, la ville m’a proposé de rester et de piloter la mission de préfiguration du centre culturel, à la fois dans sa phase “suivi de chantier” et dans sa phase de mise en œuvre d’une politique de programmation qui annonce ce que sera le fonctionnement du centre culturel en 2007.

Sortir. Et pourquoi Nathalie Chanas-Nicot à la bibliothèque ?
Xavier Le Goff. Dans le même temps, la ville était à la recherche d’un directeur pour sa bibliothèque et après plusieurs recrutements infructueux, j’ai signalé la possibilité d’une directrice de bibliothèque avec qui je m’entendais bien, vu que nous avions créé un festival ensemble. En tant que directeur du développement culturel de La Mure, mon poste m’autorisait des axes transversaux qui pouvaient faire communiquer entre eux aussi bien le spectacle vivant que le patrimoine, la lecture publique… J’ai donc demandé à Nathalie si elle était intéressée par un poste à Ruffec… elle a été embauchée en janvier 2004.

Sortir. Il y a aujourd’hui, une réelle collaboration entre la bibliothèque et le programme de développement culturel…
Xavier Le Goff. Nous sommes maintenant dans l’exécution et la mise en œuvre du projet culturel qui a été arrêté par la ville et qui vise à promouvoir toutes les actions possibles entre le spectacle vivant et le rapport à la lecture. Comme le démontre la programmation que nous avons mise en œuvre cette année, nous sommes bien à la fois sur une présence d’auteur (Thierry Criffo) avec tout ce qui peut être périphérique – stages d’écriture, rencontres avec des enfants ou avec d’autres publics, présentation ou adaptation en spectacle vivant d’une œuvre de l’auteur (c’est le cas avec l’adaptation d’un polar de Thierry Criffo “Vieux comme le monde)”. Sur le spectacle vivant, nous sommes dans la même dynamique avec la Cie Attention Fragile qui a balayé toute l’œuvre de Shakespeare (37 pièces) en un spectacle : “Le Tour complet du cœur” et la création à partir du roman de Louis Pergaud “La Guerre des boutons”. Nous programmerons aussi “Knock”, de Jules Renard, et “Cyrano de Bergerac” d’Edmond Rostand.

Sortir. Cette ligne directive autour de la littérature va-t-elle nuire à d’autres disciplines ?
Xavier Le Goff. On va privilégier une ligne artistique qui tourne autour de la littérature. Cela n’empêchera ni la musique, ni la danse, ni les marionnettes, ni l’humour, mais ce ne sera pas notre priorité, ni ce que nous mettrons en avant dans notre projet artistique. Notre offre en tant que projet artistique et culturel se doit d’être complémentaire de ce qui existe déjà sur le département. Le projet “Ruffec hors les murs” a été validé par la DRAC Poitou-Charentes comme étant une offre nouvelle en tant que programmation culturelle et en étant aussi un élément structurant manquant sur cette poche géographique entre Poitiers et Angoulême. Il manquait aussi une médiathèque “Relais de Pays”. La médiathèque de Ruffec sera donc la première de la région. La ligne éditoriale de ce projet s’appuie sur ces deux aspects : le théâtre et la littérature. Il ne s’agit pas de surenchérir sur des propositions existantes comme Rouillac ou Cognac, mais de faire des propositions complémentaires.

Sortir. Allez-vous collaborer avec d’autres structures de Charente ?
Xavier Le Goff. Bien évidemment, on ne peut pas exister tout seul. Le projet est donc un projet partenarial. Ruffec Hors les Murs fait partie du réseau de G 19 et participe donc à une réflexion et à l’enrichissement d’un réseau de diffusion sur la région Poitou-Charentes.

Sortir. Si avec les structures institutionnelles ça se passe plutôt bien, les petites associations du Ruffécois ne vous voient-elles pas arriver d’un mauvais œil, puisqu’il va falloir partager des subventions ?
Xavier Le Goff. Bien évidemment, notre arrivée modifie la donne car la Région et le Département disent : dans la mesure où l’on aide un équipement structurant sur un bassin de pays, il est normal qu’il réponde à des besoins qui étaient auparavant exprimés de façon sporadique ou régulière par d’autres associations. Ce qui nous amène à définir une politique claire de partenariat avec les associations locales. Il n’est pas question pour nous de venir faire ce qu’ils font en lieu et place. Il faudra que chacun trouve le moyen de continuer et que l’on puisse, nous, éventuellement les aider si nécessaire… mais il n’y a peut-être pas besoin que l’on vienne en soutien sur des choses qui existent déjà et qui fonctionnent bien. Ces manifestations font partie de l’offre culturelle existante et il ne s’agit pas que nous adoptions une position hégémonique et que rien ne puisse plus se faire du fait qu’existe le projet Ruffec Hors Les Murs. Aujourd’hui nous sommes dans une phase d’explication et de régulation avec le Département. Le Département finançait beaucoup ces associations-là et il a une politique qui est simple : dans la mesure où il aide un lieu ou une structure de diffusion, il n’aidera pas à la diffusion des structures sur ce même lieu. C’est-à-dire qu’à Ruffec, il n’y aura plus les mêmes subventions pour les associations qu’auparavant, ce qui n’empêchera pas ces associations de faire les mêmes choses qu’avant, mais il faudra le faire en dehors de Ruffec. De même que lorsque Ruffec Hors les Murs interviendra en dehors de Ruffec, une aide supplémentaire du département sera accordée. C’est une histoire de calage entre nous et les associations, mais cela ne remet pas en cause ce qui se faisait avant, simplement, il faut bien comprendre comment les choses s’articulent.

Sortir. Quel va être ton territoire d’action ?
Xavier Le Goff. Dans un premier temps, cela va être les 89 communes du Pays Ruffécois, soit 4 Communautés de Communes. Mais de part notre mission avec la Région pour des actions sur un axe Poitiers-Angoulême, nous réfléchirons et nous répondrons à des besoins de développement culturel sur le Sud-Deux-Sèvres et le Sud-Vienne. Pour le moment, ce ne sont que des orientations, mais le centre culturel à venir est retenu comme étant un élément structurant sur ce bassin de population. Comme il n’existe pas pour le moment, il est difficile de mettre en œuvre cette réalité.

Sortir. Le public ruffécois ou charentais adhère-t-il à ce projet ?
Xavier Le Goff. Il est peut-être bon de signaler que les propositions que nous faisons actuellement ne sortent pas d’un chapeau mais sont dans la continuité de ce qui se faisait déjà et qui était de qualité. Nous avons développé de nouvelles propositions comme des décentralisations aux Adjots ou dans des lieux comme le cinéma Le Family et aussi des résidences longues. Sur la résidence de la Cie Attention Fragile, nous avons touché 713 personnes qui sont venues aux deux spectacles. Sachant que ce sont des spectacles à petites jauges, nous ne pouvons que nous satisfaire d’avoir été complets en permanence. Ce qui nous démontre bien qu’il y a une adhésion de la part des publics pour ces formes de spectacle qui ne sont pas institutionnelles, mais plus dans une démarche de rencontres. C’est ça aussi le parti pris de Ruffec Hors Les Murs.

Sortir. Qu’est ce qui t’a marqué quand tu es arrivé en Charente ?
Xavier Le Goff. Venant de la région Rhône-Alpes, j’ai été frappé par le territoire qui est plutôt vide : peu de population au km2. Je viens d’un département de plus d’un million d’habitants et l’agglomération grenobloise compte plus de 500 000 habitants. Le fait d’arriver dans une région où Angoulême, la préfecture, compte
50 000 habitants et le département 330 000, nous nous trouvons dans des appréciations beaucoup plus réduites. L’espace semble plus vide et c’est assez marquant. La sociologie aussi m’a marqué : la population est vieillissante et c’est un indicateur de désertification. C’est pour cette raison que le projet culturel est important pour le bassin de vie puisqu’entre deux recensements, on perd un peu plus de population. 30 % de la population a plus de 60 ans. Ce sont des données qu’il est important de prendre en compte pour mettre en œuvre notre projet. Ce qui est aussi marquant au niveau culturel, c’est la présence en permanence de festivals et c’est un élément différent de la région Rhône-Alpes où il y a plus de lieux de diffusion et de théâtres, ce qui amène moins de festivals. Avec l’arrivée du printemps, la Charente vit au rythme des festivals et des manifestations en extérieur…