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L'année en un coup d'oeil
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La Parole de… La Nef 2

Pour plusieurs générations de spectateurs charentais (et même au-delà), l'événement de la rentrée sera sans aucun doute la réouverture de la salle de La Nef après dix-huit mois d’interruption de programmation pour cause de travaux. Lieu de concerts, bien sûr, mais La Nef 2 sera bien plus que cela. Un lieu centre de ressource, un lieu de résidence, un lieu de rencontre mais surtout un lieu de création où les musiques amplifiées, de quelque obédience qu’elles soient, trouveront chaussures à leurs pieds : santiags, tong, Converse, Dr Martens ou chaussures italiennesbicolores… peu importe la godasse, du moment qu’elle bat la mesure en rythme. Entretien avec Jean-Louis Menanteau, directeur de La Nef.

Sortir. Le public aurait pu s’attendre à une grosse tête d’affiche pour l’ouverture de La Nef… C’est une volonté ou un manque d’opportunité ?
Jean-Louis Menanteau. C’est une volonté. Mais les têtes d’affiche, il faut savoir les découvrir dans la programmation proposée. Parmi les différentes disciplines que proposent les musiques amplifiées actuelles, on pourra voir Brad Melhdau au piano et c’est un événement de le voir à Angoulême. C’est un pianiste américain qui est de pratique dite «classique» mais qui est aussi d’obédience rock. Nous sommes très contents d’amener cet artiste-là à Angoulême avec la complicité de la Scène Nationale et de Piano en Valois et ce sera un véritable événement. Louise Attaque va être en résidence chez nous pendant une semaine avec deux concerts à la clé (cette sema ine ils sont en première page de Télérama). Nous aurons aussi Camille, la jeune chanteuse très encensée par la presse nationale, Medeski Martin & Wood, le Peuple de l’Herbe… que de la qualité. Mais pour répondre à ta question concernant les journées d’ouverture du 21, 22 et 23 septembre, je le dis clairement : ces journées-là, c’est La Nef la vedette. J’ajouterai à cela que nous avons eu un certain nombre de pépins sur la dernière ligne droite du chantier qui fait que le 21 septembre, ce sera la réouverture des concerts et le public n’aura accès qu’à cette partie-là : le hall et la salle de concert. Au 1er octobre, au premier étage, les lieux de répétition seront mis en service et au 1er décembre, nous pourrons ouvrir le Centre de Ressource. Tous les équipements qui vont venir sur l’ensemble des services arriveront de façon échelonnée jusqu’à la fin de l’année et ceci explique aussi la stratégie de programmation.

Sortir. Commençons par la salle de concert. Le public va gagner quoi ? Quelques mètres carrés ?
Jean-Louis Menanteau. Le public va surtout gagner du confort d’écoute et du confort tout court puisqu’il y aura un nouveau système de climatisation qui permettra aux non-fumeurs de supporter les fumeurs encore quelque temps, avant que ce soit interdit définitivement. On a amélioré l’acoustique autour de la salle mais bien évidemment dans la salle aussi. On a préservé l’authenticité du lieu où il n’y aura pas de changement majeur, si ce n’est une ouverture sur la partie ouest de la scène ; elle donne accès à un quai de déchargement qui permet de faire des changements à vue beaucoup plus rapidement, et du fait que les loges sont maintenant au nombre de 5, cela nous permettra de composer des plateaux artistiques un peu plus copieux. En résumé : travail sur l’étude acoustique, amélioration des capacités techniques du bâtiment, rafraîchissement de la salle sur le plan esthétique. La diffusion de concerts va s’articuler autour de la grande salle et de la scène intermédiaire qui va se trouver dans le hall et qui sera une scène marche-pied pour les jeunes groupes qui débutent avec ainsi une première confrontation au public. On envisage d’ailleurs d’y faire un rendez-vous mensuel avec principalement les groupes qui répéteront au-dessus et qui pourront ainsi faire découvrir au public leurs travaux. Donc la nouveauté aussi sera cette scène qui sera installée ponctuellement en plus de la grande scène.

Sortir. Et le Centre de Ressource ?
Jean-Louis Menanteau. Le nouveau Centre de Ressource va être l’optimisation d’un travail qui existait déjà depuis 1998 et qui était abrité sous l’appellation Plate-Forme MIR (Musique Information Ressource) inscrit dans un dispositif régional. Sa vocation est d’orienter, de guider l’ensemble des musiciens dans leurs démarches, mais aussi tous ceux qui ont un rapport à la musique en terme de formation… et puis aussi, tout un travail d’aide aux projets, ce que l’on fait déjà de façon informelle depuis quelques années.

Sortir. Le Centre de Ressource est-il complémentaire des studios… ?
Jean-Louis Menanteau. L'idée de La Nef 2, c’est une boîte à outils avec une salle de concert et deux scènes, quatre studios de répétition, un studio d’enregistrement, un Centre de Ressource. On peut utiliser ces outils de façon indépendante. Le travail de l’équipe sera de créer des liens entre ces différents services et de faire en sorte de faire progresser la scène locale et régionale. Au-delà de ces considérations, notre ambition est de continuer notre politique de résidence de niveau national. Ce que nous voulons continuer de développer avec des résidences comme celle de Louise Attaque, c’est que La Nef devienne véritablement un lieu de création qui va héberger un certain nombre de projets. On envisage de faire un disque avec Serge Teyssot Gay (le guitariste de Noir Désir), Cyrille (le batteur de Sloy) et Marc Saens (le guitariste de Yann Tiersen)… on a un certain nombre de projets de cet acabit-là.

Sortir. 5 studios, c’est pas trop ? Ça se justifie ?
Jean-Louis Menanteau. 4 studios de répétition et 1 studio d’enregistrement, ça me paraît tout à fait conforme à l’attente des musiciens et cela correspond à l’étude comparative que nous avons faite sur des villes similaires.

Sortir. Est-il prévu des cours de musique, de prise de son ou de musitique ?
Jean-Louis Menanteau. On ne va pas se positionner sur cet élément, notamment parce que ce n’est pas souhaité par les élus d’Angoulême… mais cela fera peut-être partie d’une extension de mission dans les années à venir… C’est trop tôt pour le moment.

Sortir. Une grosse nouveauté dans la programmation, c’est «Cult Rock Session». Un plaidoyer pour la culture rock ?
Jean-Louis Menanteau. C’est peut-être les prémices d’un festival que nous aimerions monter. On se dit qu’autour du rock, il y a un certain nombre de choses périphériques qui vivent. Le rock, c’est aussi la littérature, le cinéma, la danse, l'événement, le percing, les coiffures, etc. L’idée est de rassembler, autour de cet événement, l’ensemble de ces disciplines selon des thèmes que l’on définira, d’essayer de montrer ces liens et de raconter une histoire autour de cela. Il est essentiel pour nous de raconter une histoire. La Nef, ce n’est pas uniquement un lieu où l’on vient consommer des concerts, c’est un lieu de ressource où, pas uniquement les musiciens, mais les mélomanes aussi pourront avoir accès à des DVD, des vidéos, des documents musicaux un peu rares. Il y aura des diffusions qui se feront. On profite notamment de la venue de Deus, qui est un événement important, pour diffuser avec Gilles Marchal de la salle Nemo le film “Any way the wind blows” qui a été réalisé par Tom Barman, le chanteur-leader de Deus, qui est aussi cinéaste. Il y aura beaucoup de liens comme celui-ci et l’idée autour de «Cult rock», c’est de développer cette culture. Pour cette première édition, nous aurons la présence de disquaires très pointus sur un certain nombre de musiques et quelques surprises. L’idée est de créer, non pas un festival car je n’aime pas tellement ce mot, mais des rencontres qui tentent de démontrer la chronologie et l’histoire de la musique amplifiée depuis Robert Johnson jusqu’à nos jours et de faire en sorte que les jeunes puissent comprendre un peu mieux cette histoire et ainsi appréhender les musiques actuelles.

Sortir. Et le Démobus, on n’en entend plus parler…
Jean-Louis Menanteau. Le Démobus a fonctionné huit ans. Il était prévu depuis deux ans déjà de le déclasser. Le matériel qui équipait ce bus est aujourd’hui obsolète. Il a fait à peu près une cinquantaine de disques sur la région (des disques auto-produits par des artistes régionaux principalement). On savait que cet équipement avait une durée de vie limitée puisque c’est du matériel informatique et numérique. L’activité du Démobus sera donc naturellement maintenue, mais à La Nef, autour des nouveaux studios qui sont plus performants.

Sortir. Durant les dix-huit mois de travaux, La Nef a souvent proposé sa programmation au Mars Attack. Est-ce que l’association Trans-green, qui gère la programmation de la salle, ne va pas se sentir délaissée à présent ?
Jean-Louis Menanteau. C’est vrai que nous avons été contents de pouvoir faire des concerts chez eux et que jamais nous n’avons essuyé de refus de leur part (ce sont certainement les seuls qui ont toujours été prêts à accueillir nos propositions). Cependant, il ne faut pas se voiler la face, le Mars Attack ne peut accueillir que 80 spectateurs et l’on ne pouvait y présenter que des choses assez confidentielles, en rapport avec cette petite jauge de spectateurs. La Nef dispose d’une jauge de 700 à 800 spectateurs… On les remercie encore beaucoup et on essaiera de leur renvoyer l’ascenseur, notamment en mettant à la disposition de Transgreen la salle de La Nef pour des concerts susceptibles d’accueillir une audience supérieure à leur capacité. Nous sommes conscients que leur association connaît quelques difficultés et que de plus les travaux du Champ de Mars ne vont pas arranger les choses. Nous les avons rencontrés récemment et nous essayons de répondre à leurs questions, de les orienter, de les briffer sur la façon de peut-être mieux porter et défendre leur projet auprès des pouvoirs publics.

Sortir. Pendant ces dix-huit mois, vous avez trouvé le temps long ?
Jean-Louis Menanteau. Dix-huit mois d’interruption d’activité pour cause de travaux ont généré chez nous une certaine frustration par rapport à l’actualité des concerts et à notre capacité à anticiper les courants musicaux. On se demandait comment nous allions nous repositionner sur la scène rock nationale et quel type de programmation artistique nous allions pouvoir proposer. Je viens de te le dire, je trouve que la programmation d’automne est vraiment très bien, très riche, plus variée encore. Il y a du métal pour les mômes, il y a de la chanson de qualité, il y a d’énormes coups comme Medeski Martin & Wood, comme Deus, comme Louise Attaque, comme Camille… tous ces concerts-là, on sait déjà que ce sera plein. Non vraiment, une belle programmation .