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La Parole de
Gustave PARKING
Tu as, il y a quelques années, effectué des tournées à travers le monde (Brésil, Afrique du Sud, etc). Comment le public, qui n’était pas forcément francophone, percevait-il tes spectacles ?
Gustave Parking. J’ai joué dans 85 pays parce que ça me permettait de rencontrer des gens. J’avais monté, pour cette tournée à l’étranger, une forme de spectacle qui, en quelque sorte, représentait la France. C’était un spectacle plus clownesque et plus visuel que mes spectacles d’aujourd’hui… Ce n’est qu’après cette tournée, quand je suis rentré en France, que j’ai plus travaillé sur le texte.
Tu parles souvent d’environnement dans tes spectacles. Tu as des positions précises sur l’écologie ?
Gustave Parking. Je prête à rire en donnant à réfléchir, mais pour donner à réfléchir, il faut prêter à rire. Mon spectacle n’est pas un prêche. Entre « pêcher » et « prêcher », il n’y a qu’un R de différence. Donc, il faut faire attention. Ce que je dis dans mon spectacle, et à tous les intégristes du monde, que ce soit les intégriste de la culture, de la littérature ou de la religion : « Si ton ciel peut attendre, la terre ne le peut plus, s’amuser à la défendre est une urgence absolue. » Je dis quand même s’amuser à la défendre… car je pense que la rébellion est liée à une volonté d’être heureux.
Tes positions écologiques sont tout de même gentilles…
Gustave Parking. J’ai fait un disque sur José Bové où je le soutiens. C’est un engagement politique qui est en dehors du spectacle. C’est un engagement personnel. Quand les gens viennent voir mon spectacle, je ne peux pas abuser d’eux. Ils viennent me voir pour rire et parce que j’ai un propos poétique… pas parce que j’ai un propos politique. La poésie, c’est la nature de ton engagement mais avec un cadre. Ça s’appelle une forme. Les gens viennent me voir non pas parce que j’ai un discours, mais parce que la façon dont je dis les choses leur plaît… soit que je le dis de façon comique, soit d’une façon poétique.
Le public vient néanmoins voir tes spectacles en sachant qu’il y a, derrière, un engagement…
Gustave Parking. S’il n’y avait que de l’engagement, il ne viendrait pas me voir… le public vient parce qu'il rigole. Le rire n’est pas lié à mon engagement.
Le public ne vient pas pour entendre quelqu’un s’engager mais pour entendre quelqu’un se dégager en apprenant des choses. Se dégager, c’est rire d’une réalité du monde qui n’est pas toujours drôle. Et je me sens obligé de parler d’une réalité du monde parce que je suis allé dans 85 pays, parce que j’ai vu devant moi des gens qui mouraient de faim, parce que je suis un peu témoin de ce monde dans lequel nous vivons. Mon engagement, c’est plus un témoignage qu’une volonté de m’afficher comme artiste engagé. Il n’y a pas de marketing derrière. C’est surtout philosophique. Je dis dans mon spectacle, « … La quête du bonheur est vaine, vouloir être simplement heureux, c’est ridicule puisque tu vas forcément dans une impasse, par contre, tout faire pour que le monde s’améliore, en le regardant dans les yeux, te rend forcément heureux… ». C’est ma quête du bonheur qui me rend rebelle, mais c’est aussi une certaine rébellion face à un système et une certaine vision de ce système tel que je voudrais qu’il soit (sans être complètement idéaliste), qui me rend heureux.
Tu es donc bien dans unedémarche politique ou sociale ?
Gustave Parking. Bien sûr qu’il y a un fond social. Il n’y a pas de progrès sans progrès social et il n’y a pas de progrès sans progrès écologique. Je crois dur comme fer que la seule solution au développement, c’est le développement durable. Je pense que les éoliennes, les panneaux solaires, font partie des urgences. Je pense aussi que les gens travaillent mieux quand ils sont heureux… quand socialement on ne les accable pas et on ne les pressurise pas comme certains veulent le faire.
Le public qui t’écoute n’a pas forcément un grand choix d’action pour revendiquer, que ce soit socialement ou d’une manière politique plus générale…
Gustave Parking. Bien sûr que ce n’est pas donné à tout le monde. C’est un peu pour ça qu’il y a des gens comme moi qui peuvent parler à la place de ceux qui ne le peuvent pas. C’est pour ça que j’ai un engagement sur scène. En plus, je peux faire un peu de politique sur scène dans la mesure où beaucoup d’hommes politiques passent leur temps à faire du spectacle. Des spectacles souvent pitoyables. Quand un grand homme sur un grand 8 fait un grand sourire pour être dans un grand magazine lu par un grand public, sans avoir grand-chose à dire, c’est un petit con. Il faut aller chercher les gens là où ils sont. J’arrive à toucher un public qui est là pour rigoler. Ce n’est pas un public de convaincus, ni de militants de base. J’aime bien jouer sur les places publiques, en plein air. Quand j’ai joué au Casino de Paris, c’était 10 francs l’entrée et des tas de gamins de banlieue venaient. Je viens de la rue, donc j’aime bien les spectacles démocratiques où tous les gens sont représentés.
Outre le côté politique, il y a un peu de gaudriole dans tes spectacles…
Gustave Parking. Je fais quelques concessions par rapport à la culture. Concessions que les gens de la culture ne supportent pas : il y a de la trivialité dans mon spectacle… je parle de cul… de tas de choses qui sont une passerelle avec une jeunesse qui a envie de parler de cul parce qu'elle ne peut pas le vivre… à cause du sida, des préservatifs et tout ça… Cette jeunesse a envie d’en entendre parler parce qu’elle ne peut pas le faire aussi facilement que certains nantis de la culture qui ont eu la chance de naître avant 68 (après la pilule et avant Giscard). J’aime bien aussi que les gens puissent venir avec leurs enfants et que les enfants se marrent. Mon spectacle, c’est un spectacle de variété tout public… mais avec un engagement philosophique et on va dire politique.
Le spectacle que tu vas jouer à Cognac, c’est un Best of ?
Gustave Parking. J’ai fait une espèce de best of au niveau des visuels et j’ai remanié les textes pour coller à l’actualité. J’ai donc des propos sur la grippe aviaire et quelques autres choses de l’actualité. Le spectacle est toujours basé sur un enchaînement de déguisements, d’accessoires, mais je fais des parenthèses qui sont de plus en plus longues car j’ai de plus en plus de choses à dire. À 51 ans, je commence à pouvoir témoigner des choses que j’ai vues.
Tu n’as pas l’impression parfois d’agresser le public ?
Gustave Parking. Je n’agresse pas les gens… j’aime bien provoquer dans le bon sens du terme… pas provoquer gratuitement. En général : je provoque et je me justifie ou j’explique un truc avant de provoquer. J’explique aux gens, d’une façon marrante, qu’il n’y a pas de raison d’être choqué par tel propos ou telle image.
Tu as inventé des nouvelles formules de spectacle comme l’entrée à 10 balles et la sortie payante, la vente aux enchèresdu décor… Est-ce que tu as d’autres nouveautés sous le coude ?
Gustave Parking. Je suis en train de monter un parc aux Antilles qui s’appelle Gustave-park. J’y anime des stages d’improvisation en théâtre pour les Guadeloupéens et les exilés en Guadeloupe. Nous sommes en train de monter un cirque caribéen avec des Haïtiens, des Jamaïcains et d’autres. On fait un spectacle international visuel d’expression caribéenne. Visuel car les Créoles sont très différents d’un endroit à l’autre, donc c’est très difficile de faire un spectacle avec du texte, mais dans ce spectacle visuel il y aura aussi des engagements. C’est un spectacle qui, à mon avis, va tenter de montrer la dichotomie qui existe entre le Tiers-Monde et l’Occident.
C’est un spectacle qui va tourner en France ?
Gustave Parking. Je n’en sais rien. Pour le moment, je le monte. Comme je te l’ai dit, je ne fais pas de marketing. Mon travail, c’est d’essayer de faire quelque chose de bien. Je ne demande pas de subventions, je ne demande rien à personne, mais je ne promets rien non plus à personne. Le bonheur, c’est le chemin, ce n’est pas le but. En plus du parc, je suis en train de mettre tous mes textes en accès gratuit sur internet, dont un livre qui s’appelle Le dictionnaire modeste du renouvellement de la pensée mondiale.
Dans l’actualité, qu’est-ce qui te fait hurler en ce moment ?
Gustave Parking. En cette mi-février, c’est d’abord Le Clémenceau, parce que gouverner, c’est prévoir et savoir s’entourer. Ce qui n’est pas le cas en ce moment. Ce qui m’a fait hurler aussi, c’est que des gens soient morts pour un dessin. Il y a des gens qui ne savent ni lire, ni écrire, mais il y a aussi des gens qui ne savent pas lire non plus les dessins. Une autre chose qui m’a fait hurler, c’est une photo que j’ai vue hier dans Le Monde Diplomatique qui représente un type en Chine qui a un panneau où il est inscrit : J’ai un rein à vendre.
Et pour finir par une note positive, qu’est-ce qui t’a rendu heureux dans l’actualité ?
Gustave Parking. La rapidité sanitaire avec laquelle le gouvernement fait face à la grippe aviaire. Je trouve ça bien et il faut le dire. Le fait aussi que plein de kiosques ont vendu Charlie Hebdo dans les quartiers dits chauds de Paris et qu’il n’y a eu aucun problème avec les musulmans de France, et je trouve ça plutôt bien qu’ils respectent la liberté d’expression et la laïcité. Ça m’a fait plaisir. Dans les bonnes nouvelles, il y aussi le fait que l’on commence à faire tomber l’entourage de George Bush qui est impliqué dans des affaires crapuleuses. Tu vois, tout n’est pas noir… il y a des choses qui me font plaisir.
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