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La Parole de
Pépito Matéo
Présentation de saison «Ruffec hors les murs»
Depuis un an, la ville de Ruffec vit au rythme de sa nouvelle programmation culturelle, surtout axée autour de la littérature. Le 8 octobre, Xavier Le Goff, directeur artistique, et Nathalie Chanas-Nicot, directrice de la bibliothèque, en compagnie de Pépito Matéo présenteront les différents points forts de cette nouvelle saison. Pépito Matéo est conteur, écrivain, comédien, metteur en scène, membre du «conseil» de la Maison du Conte, enseignant à Paris VII. Il est l’une des grandes «figures» du conte en France, un «drôle de zigue qui jongle avec les mots». Détourneur de mots, joyeux fou bavard et allumé, Pépito Matéo fait partie de cette génération de conteurs qui, sans renier la tradition, veulent tracer leur propre chemin dans l’imaginaire contemporain.
Sortir. Connais-tu le programme que tu vas présenter avec Xavier et Nathalie le 8 octobre à Ruffec ?
Pépito Matéo. À vrai dire, non, on ne m’a pas encore communiqué le descriptif de la saison mais nous avons une certaine connivence avec Xavier que j’avais rencontré au centre culturel de La Mûre où il travaillait avant. Nous avions sympathisé : j’avais énormément apprécié son accueil et je crois qu’il avait apprécié mon boulot. J’ai été tout étonné de le voir nommé à Ruffec. Nous nous sommes rencontrés récemment et il m’a dit qu’il serait content que je vienne jouer un spectacle à Ruffec. Ça me fait plaisir car, d’une part j’aime bien cette région, et d’autre part, j’aime bien faire les ouvertures de saison..
Sortir. En gros, tu vas faire le candide ?
Pépito Matéo. Oui, je crois que je vais faire ça. Ce n’est pas moi qui ai choisi les spectacles, je ne les connais sans doute pas tous. J’aimerais bien que Xavier annonce les futurs spectacles et que je puisse réagir en déconnant ou en racontant une histoire à propos de ce qui sera annoncé. Oui, je vais être un candide un peu réactif. Le but est de pimenter un peu la présentation de saison car en général, ce genre d’exercice est un peu rébarbatif. Quand on me propose de venir, soit seul, soit en compagnie d’un chanteur, à une présentation de saison, j’accepte spontanément car j’espère ainsi, grâce à une petite touche artistique, soulager les souffrances du public condamné à subir des heures de baratin.
Sortir. Après la présentation de saison, tu vas interpréter un spectacle ?
Pépito Matéo. Oui, je vais jouer «Itinéraire bis». Pour ce spectacle, je pars d’une histoire traditionnelle, contrairement à ce que je fais d’habitude. C’est l’histoire d’un sultan qui doit faire condamner un voleur de pain ; au moment où le bourreau va couper la tête du voleur, moi j’en profite pour raconter autre chose, pour faire des digressions, pour renvoyer à l’époque d’aujourd’hui, pour faire des détours, des collages, des décalages. Je pense que Xavier a choisi “Itinéraire bis” parce qu’il est beaucoup plus léger que mon dernier spectacle, “Urgence”, qui se déroule justement dans les Urgences d’un hôpital. Le ton d'”Itinéraire bis” est plus désinvolte et ne prend pas trop le chou… Dans “Urgence”, il y a plus de gravité, même si le ton est humoristique, voire même provocateur… De plus, la présentation de saison de Ruffec correspond au début d’un festival de contes pour enfants en Charente, “Au fil du conte”. “Itinéraire bis” correspond mieux à ce jeune public et c’est sans doute pour cette raison qu’“Urgence” n’a pas été retenu… De plus en plus je me dirige vers des thèmes actuels et ce qui ressemble à du one man show. Xavier a dû préférer la version plus ancienne de Pépito Matéo…
Sortir. Tu es conteur. Quelle est la différence avec un acteur ou un comédien qui dit un texte ou qui fait des one man show ?
Pépito Matéo. Je suis un conteur par malentendu, si j’ose dire. Généralement les conteurs racontent plutôt des choses traditionnelles avec une sorte de relation à l’ancienneté, à la ruralité… Moi, j’invente mes histoires et je les raconte en les mettant en scène. Je joue les personnages, je parle au public, je décroche et je fais des ruptures de tons, je parle de la vie d’aujourd’hui, etc. Pour moi, il n’y a pas une très grande différence, sinon que le conteur forge son histoire, petit à petit, avec ses images. Le conteur, pour moi, c’est un auteur, et la manière dont il raconte, c’est lui qui la crée. Il ne crée pas un texte qu’il apprend par cœur pour le raconter comme un acteur, mais pour le dire. Il va, petit à petit à partir d’une structure générale, une sorte d’architecture, construire avec ses mots et ses images et il va s’amuser à créer son propre texte, mais pas pour l’apprendre par cœur, pour se l’approprier… la démarche d’apprendre n’aura donc pas été intellectuellement la même que celle d’un acteur. C’est une improvisation qui devient systématique. Comme en jazz où sur une structure que l’on joue souvent et longtemps on connaît à l’avance le chorus d’improvisation que l’on va faire. Au bout d’un moment, on a l’impression que c’est un one man show appris par cœur, mais le texte reste toujours disponible à l’improvisation et vivant. Le rythme, les sonorités, la précision, etc. deviennent de plus en plus grands. Ce qui fait que d’un soir à l’autre, c’est parfois proche. Certains acteurs qui viennent du café-théâtre sont des conteurs dans l’âme. Quand on appelle ces acteurs « conteurs », ils sont ravis car le café-théâtre est souvent un peu lourd et ce qualificatif de « conteur » les distingue un peu. Nous les conteurs, quand on nous nomme « conteurs », ça veut dire que nous sommes un peu ringards. Je me sens plus proche d’un acteur comme Jean-Jacques Vannier que d’un conteur traditionnel.
Sortir. C’est quoi être conteur au XXIe siècle ?
Pépito Matéo. Pour les conteurs, il y a eu trois époques si l’on fait un peu d’historique. Il y a eu un renouveau du conte dans les années 70 avec toute cette mouvance écologiste, retour à la terre et tout ça, et il y a eu un très fort mouvement des conteurs initié par Bruno de la Salle, le fondateur du Centre de Littérature oral de Vendôme, et quelques festivals en France qui voulaient promouvoir trois choses : la première étant la lecture de contes dans les bibliothèques pour pousser les enfants à lire. La deuxième, c’était les foyers ruraux qui voulaient redonner dans les villages des structures, sans avoir les moyens des grands spectacles parce qu’ils n’avaient pas de salle. Et la troisième, ce sont les banlieues qui avaient envie de calmer les gamins en leur racontant des choses, parce que même les jeunes de banlieue sont captivés par les histoires. Voilà, il y avait ces trois raisons qui faisaient que beaucoup d’animateurs se lançaient dans l’aventure et il y avait quelques conteurs professionnels, notamment Henri Gougaud et d’autres personnes comme lui, qui ont recherché longtemps les contes les plus forts de la tradition. La deuxième génération de conteurs est arrivée dans les années 90 avec des gens plus proches du théâtre. C’étaient des conteurs comme Yannick Jaulin, Gérard Potier, qui ont voulu raconter d’autres histoires, qui ont voulu réécrire les histoires anciennes pour les moderniser. Des gens comme moi aussi, qui avons voulu inventer nos propres histoires… bref, il y a eu un changement qui a fait que le conteur n’était plus seulement le conteur de la veillée, mais un conteur plus scénique et qui pouvait parler de la vie d’aujourd’hui. La troisième génération est celle qui est venue en 2000 où sont apparus plein de jeunes conteurs qui sont arrivés, eux, sans du tout se référer à la tradition. Ils arrivent plutôt des écoles de théâtre et ont plus envie de travailler sur la forme, sur du théâtre de rue, du cirque… Le conte est à ce moment mélangé à toutes ces formes d’expression. On peut dire qu’il y a de plus en plus de conteurs et de plus en plus de possibilités de raconter. Les écoles, les bibliothèques sont des lieux où l’on est friand de conteurs, du coup, il doit y avoir en France au moins 500 conteurs professionnels. C’est même assez dément ! Et il y a du boulot pour tout le monde !
Sortir. Est-ce qu’au final, le conte, quelle que soit sa forme, rapproche de la lecture ?
Pépito Matéo. Je crois qu’il y a eu trop longtemps un abandon du texte. D’une part, il y avait les conteurs de l’ancienne génération qui racontaient mais avec les mots des anciens, et puis, d’un autre côté, le théâtre n’avait plus rien à dire ou alors était devenu l’affaire des spécialistes, la danse, qui a été très en vogue, proposait plutôt un rapport à l’image… Je pense qu’aujourd’hui, un certain nombre de personnes se dit qu’il faut ramener l’auteur, la littérature, le sens, l’enjeu de la parole et des mots. Je crois que Xavier le Goff, justement, doit réfléchir là-dessus. Et ce qui l’intéresse chez un conteur, c’est son côté auteur. Je pense que c’est important car aujourd'hui, nous vivons une époque où nous sommes un peu dépossédés de notre culture et de notre langue. On va de plus en plus vers l’anglais, notre
culture est de plus en plus uniforme, nous allons vers un monde de l’image, donc, il faut avoir le courage de revenir à la parole, aux mots, aux auteurs, aux sens et à l’engagement avec la parole. À l’engagement politique aussi. Le mot est un moyen d’évasion et d’affirmation incroyable. Je travaille en prison en ce moment et les taulards, qui sont pour la plupart incarcérés pour de sordides histoires de drogue ou de choses comme ça, n’ont pas la parole. Le fait de leur faire raconter des histoires a le pouvoir de les faire « s’évader » et de s’affirmer, ce qui leur fait beaucoup de bien et leur fait comprendre un petit peu le sens des choses. Bon, c’est peut-être un peu rapidement dit…
Sortir. Tu penses venir jouer ton dernier spectacle prochainement en Charente ?
Pépito Matéo. Je n’ai pas mon calendrier mais je crois que je vais venir dans votre région, non pas jouer le spectacle sur les Urgences, mais un spectacle qui s’appele “Pola”. C’est un roman policier que j’interprète avec un musicien… C’est un roman policier oulipien (texte avec des contraintes d’écriture d’après “Ouvroir de Littérature Potentiel”). Toute la trame tourne autour du chiffre 4… Sinon, il m’est souvent arrivé de jouer en Charente à Montembœuf, chez mon ami Charlie Nebout..
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