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L'année en un coup d'oeil
parole

Jean-Michel Perez
Directeur du Théâtre de La Couronne
Cette année, visiblement, rien n'est prévu. Nous sommes allés rencontrer Jean-Michel Perez, le responsable du centre socioculturel de La Couronne, initiateur avec son équipe de ce projet qui avait bousculé un peu nos habitudes en matière d'arts plastiques.


Sortir. Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que l'équipe du centre socioculturel et Théâtre de La Couronne a été mise en place, quels sont les événements majeurs qui ont marqué cette période ?
Jean-Michel Perez. Ce serait à l'équipe entière du centre de s'exprimer, mais je peux quand même en parler, étant à l'origine des changements sur le centre. Nous avons d'abord développé de façon plus lisible et plus régulière tout un axe de diffusion
culturelle, mais aussi tout un axe où l'action culturelle est imprégnée de l'action des habitants (enfants, ados, familles, etc.). Nous essayons de faire de ces deux axes un outil transversal sur la mission du centre qui gagne petit à petit en efficacité, en plaisir que peut avoir l'équipe et en notoriété sur le secteur (l'agglomération d'Angoulême et même plus loin).

Sortir. Au niveau de la notoriété, l'opération "Animal" a largement contribué à faire connaître la politique du centre, non ?
Jean-Michel Perez. Animal a été un des points d'exergue de l'an dernier, où l'on a pu faire converger tous les objectifs du centre au travers de résidences d'artistes, de groupes de population qui travaillaient avec ces artistes et qui se frottaient à la naissance d'une création, et d'une valorisation du patrimoine local puisque l'opération se déroulait à l'abbaye de La Couronne. Tout cet ensemble autour de l'opération Animal a eu une belle consécration publique. Les habitants de La Couronne (dont beaucoup de scolaires) se sont investis dans les créations de certaines œuvres, le bar a été tenu par les ados de
La Couronne…

Sortir. ... Vous attendiez-vous à une telle fréquentation ?
Jean-Michel Perez. Nous avons dépassé le quota que nous nous étions fixé… Des gens sont venus de loin pour voir cette installation. Plus de 10 000 visiteurs… Ce qui a fait fonctionner Animal, c'est le côté atypique de l'opération, le fait que nous avons ouvert un site peu visitable jusqu'à présent, et surtout une certaine cohérence entre la scénographie et la façon d'habiter le lieu... Les visiteurs ont trouvé les choses belles, agréables, conviviales et des images un peu nouvelles…

Sortir. L'équipe du centre est donc assez satisfaite ?
Jean-Michel Perez. Quand on regarde le travail accompli depuis deux ans, tant au niveau de la diffusion annuelle de spectacles qu'à travers l'événementiel qu'a été Animal, nous sommes assez satisfaits. La fréquentation n'a pas été régulière lors de notre première année de programmation. Il a fallu installer des habitudes, nous avons eu des hauts et des bas avec certaines dates mais… depuis la rentrée de septembre, nous constatons que notre public s'est étoffé et fidélisé. Des spectacles, comme celui de Marc Perrone récemment, affichent complet, et cela plusieurs fois depuis le début de cette nouvelle saison. C'est pour nous un signe d'avancée positive par rapport à notre action. Je pense que l'image donnée par le centre est une image d'ouverture, de facilité d'accès, simple avec une certaine diversité de propositions.

Sortir. Quelle identité vous forgez vous en regard des autres structures culturelles ?
Jean-Michel Perez. Notre identité est d'accompagner des artistes autour de la chanson française ou de la musique ou du théâtre… Plutôt le théâtre ouvert, le théâtre contemporain… c'est-à-dire pas forcément le théâtre à texte, mais aussi celui dans lequel il y a de la manipulation d'objet, de l'image… des nouvelles formes de théâtre que nous avons déjà programmé plusieurs fois. Accompagner aussi des spectacles de danse et puis surtout tout ce qui concerne les arts plastiques et une logique de tout ce qui pourra se passer autour de l'abbaye pour les prochains événements. Mais là, c'est vraiment spécifique à l'abbaye puisque ce lieu est un lieu " plastique " en lui-même.
Sortir. Il y aura donc de nouveaux événements à l'abbaye ?
Jean-Michel Perez. On y réfléchit… mais ce ne sera pas une opération annuelle. On a fait Animal, on espère en 2004 pouvoir initier une nouvelle opération… très certainement autour des arts plastiques… au sens large.

Sortir. Les Ciments Lafarge font partie des partenaires privés…
Jean-Michel Perez. Lafarge est le plus grand propriétaire de l'abbaye de La Couronne avec le Conseil général et la mairie de La Couronne. Tous ces partenaires/propriétaires réfléchissent sur le devenir de l'abbaye. Certes, Lafarge est un gros groupe financier international qui a des usines partout, mais ce que j'apprécie avec eux, ici, c'est l'esprit de l'équipe qui dirige l'usine et qui est très attentive au fait que l'usine soit proche de la population, très attentive au fait que l'abbaye devienne à terme un endroit ouvert et public. Pour Animal, la Direction de Lafarge nous a proposé des moyens, de la logistique, etc. et pas dans un souci mercantile, je pense que son objectif était de créer un relais entre l'usine, la population et l'abbaye.

Sortir. Vous avez créé des opérations plus légères, comme "Les petits papiers"…
Jean-Michel Perez. Quand je suis arrivé à La Couronne, c'était ma volonté d'inscrire la vie du centre dans ce lien avec la population. Il s'agissait d'une sorte de petit rituel que nous avons mis en place avec des ados, des familles, des personnes âgées, des enfants… Nous avons mis en place des supports d'écriture qui ont été distribués sur toute la commune. On demandait aux gens d'émettre des souhaits sur l'évolution de la vie de la commune, sur les services de proximité, les transports… Une grosse boîte aux lettres a été installée et les gens y ont déposé toutes leurs suggestions. Nous avons tiré de ces petits papiers un document, une sorte de synthèse, que nous avons remis aux partenaires, notamment à la municipalité, et cela a contribué à donner une image ouverte du centre. Les petits papiers ont été la première opération, elle a donné le ton au reste de nos actions.

Sortir. Vous avez édité un livre à l'occasion du centenaire de la loi de 1901…
Jean-Michel Perez. Nous avons, à cette occasion, essayé de fédérer les associations de La Couronne sur quelque chose d'assez festif et nous avons édité un ouvrage avec des visages des gens du monde associatif de La Couronne. Nous avons fait une belle fête pour le 14 juillet et nous avons senti que le centre avait un rôle à jouer dans l'action de lier les gens entre eux. Depuis ces deux actions,
Les petits papiers et cette fête des associations, le centre a montré qu'il pouvait faire des choses, construire des projets, faire des propositions. L'équipe bosse… nous sommes ouverts…

Sortir. D'autres " petites choses " sont prévues ?
Jean-Michel Perez. Une opération qui s'appelle "Terres Nomades" va être mise en place en relation avec le centre des Alliers. Outre un travail de mémoire sur le centre des Alliers - qui, durant la Deuxième Guerre mondiale, a servi de camp d'internement et de déportation pour les gens du voyage -, nous allons accueillir l'artiste Marcel Hognon, sa famille, sa caravane et son chapiteau sur le parc de l'abbaye de
La Couronne. En cette époque un peu trouble où les gens du voyage sont expulsés manu militari un peu partout en France, cela nous paraît un joli pied de nez d'accueillir cet artiste, sa famille et son linge qui sèche dehors, au cœur d'une de nos richesses patrimoniales. Durant sa résidence, Marcel Hognon réalisera une œuvre plastique monumentale commémorative de l'internement et de la déportation des gens du voyage durant la Deuxième Guerre mondiale. Le but de cette résidence est de sensibiliser les enfants et les jeunes à la question de la culture des gens du voyage. Ce projet se concluera de façon festive et conviviale sur le site autour de la soirée inaugurale…

Sortir. D'autres choses encore ?
Jean-Michel Perez. Il y aura une résidence avec Anges et Damnations sur les chemins de Saint-Jacques et puis on finira la saison avec Nuit Saint-Gens-de-la-Parole en collaboration avec la Scène nationale et Yannick Jaulin. Ce sera pour nous encore un moyen de faire un lien avec la population autour de Yannick Jaulin, de ses amis et de ses complices… Le seul et grand projet c'est d'essayer de maintenir des actions à l'abbaye, les faire connaître, les stabiliser… L'année prochaine, nous aurons certainement des propositions événementielles sur l'abbaye… mais tant que ce n'est pas entériné par les partenaires…

Sortir. La philosophie de l'équipe ?
Jean-Michel Perez. Ce qui guide l'équipe, c'est l'émotion. Nous ne sommes pas une boîte où les gens viennent au spectacle, applaudissent et partent à la fin. Nous ne sommes pas une boîte à programmer : nous sommes là pour faire connaître des spectacles et rencontrer des gens. Nous faisons tout pour garder la dimension humaine dans nos projets… Il n'est pas impossible que Marc Perrone revienne l'année prochaine pour continuer le travail qu'il a commencé autour de l'accordéon diatonique… Par exemple…