juillet 2008
rechercher
brève(s)

Concours Sortir/La Nef

Le règlement

Interviews du mois :

HushPuppies
Garden Nef Party
Daniel Estève
Les nuits d'été de Villebois


l'agenda
prec juillet  2008 suiv
sem lu ma me je ve sa di
27 01 02 03 04 05 06
28 07 08 09 10 11 12 13
29 14 15 16 17 18 19 20
30 21 22 23 24 25 26 27
31 28 29 30 31
L'année en un coup d'oeil
parole

La Parole de…L’UNIJAMBISTE

Le 31 mars, à L’Avant-Scène à Cognac, première représentation en public de “Hamlet / thème et variations” par la Cie L’Unijambiste. Collaboration, réciprocité et échange ont émaillé de bout en bout ce projet, inversant ainsi la tendance qui veut que les musiques soient cantonnées au rôle d’illustration sonore d’une mise en scène. “Hamlet / thème et variations”, c’est Shakespeare au shaker…, c’est une nouvelle forme de spectacle où la musique (électro, pop rock, abstract hip-hop) est une B.O., actrice et commentatrice de la pièce qui se joue. Une pièce de théâtre ? Un concert ? Entretien avec David Gauchard, metteur en scène de “Hamlet / thème et variations”.

Sortir. “Hamlet / thème et variations” a déjà été joué dans une version plus longue. Ce que l’on verra fin mars est une re-création ?
David Gauchard. Il y a déjà eu une première création de Hamlet qui a été jouée une dizaine de fois. Le spectacle durait deux heures et demi. Je voulais retravailler la pièce, donc j’ai cherché les moyens et les résidences pour pouvoir la reprendre et la transformer, ce qui donne aujourd’hui un spectacle d’une heure vingt.

SORTIR : D’où vient la Cie l’Unijambiste ?
David Gauchard. Les membres de la Cie L’Unijambiste habitent Limoges, même si tout le monde n’en est pas originaire. Le rapeur Arm, Mc du Psykick Lyrikah et Robert le Magnifique, eux, viennent de Bretagne.

Sortir. Arm, c’est le rapeur que l’on entend sur le disque. On le retrouve sur scène ?
David Gauchard. Nous avons fait ce disque il y a un an déjà et depuis, pas mal de morceaux ont été modifiés. Arm avait écrit la dernière chanson que l’on entend sur ce disque qui s’appelle Hier. Pour la nouvelle version, il a écrit 4 nouveaux textes à partir du scénario d’Hamlet. Il viendra donc sur scène ponctuer le spectacle avec sa voix et sa plume. Les autres textes sont pris en charge par les comédiens. C’est une alternance entre le jeu de comédiens sur de la musique et du rap. Arm vient donc raper à deux ou trois moments et transforme le texte de la traduction de Markowicz. Il se l’approprie et écrit lui-même son propre texte.

Sortir. Qu’a-t-elle de spécial, cette traduction ?
David Gauchard. J’ai voulu associer ces musiques électroniques à cette traduction et à Hamlet. La traduction a la particularité d’être en décasyllabes. C’est une forme littéraire que l’on retrouve beaucoup dans la littérature russe. André Markowicz, qui est un grand traducteur du russe (Dostoïevski, Gogol, Nabokov, etc.,) s’est senti à l’aise avec la traduction de Shakespeare qui est en vers élisabéthains, donc en décasyllabes, contrairement au vers français qui est, lui, en alexandrins. Dans cette traduction, il y a donc une rythmique très particulière et un choix de verbes et de mots qui m’ont séduit.

Sortir. L’album “Hamlet” de Robert le Magnifique, Tepr et My Dog is Gay a fait un carton…
David Gauchard. C’est vrai et c’est d’autant plus étonnant que ce n’était pas prémédité. Nous avons été très surpris dans la mesure où c’est un disque qui a été fait en deux semaines dans les loges d’un théâtre et pas du tout dans un studio d’enregistrement. Le traducteur, le premier, a été surpris que l’on puisse mettre en bouche de cette manière sa traduction. Nous avons eu des articles dans Mouvement, Les inrockuptibles… ç’a été très vite…

Sortir. Shakespeare a écrit “Hamlet” vers 1600. Quelles peuvent être les résonances de ce drame aujourd’hui ?
David Gauchard. Hamlet, au début de la pièce, prétend ne pas être le fils de son père, donc ne pas être le fils du roi du Danemark. Hamlet est un être en devenir, puisqu’à la fin de la pièce, il dira à Laertes : « Je suis Hamlet du Danemark et donc le fils de mon père. » Ce qui m’intéresse, c’est ce passage à l’âge adulte où l’on prend en charge ses responsabilités et tout à coup, on affirme. Hamlet accepte son héritage, quoi qu’il puisse arriver. Même si au départ il refusait cette filiation car il n’était pas d’accord avec les idées de son père, il reconnaît que de par la nature, par les cromosomes, il est son fils. Hamlet approche de la trentaine et cette bascule dans l’âge adulte est un thème universel et intemporel.

Sortir. Hamlet est mal dans sa peau, ce sont ses méditations intenses qui constituent aussi ce drame…
David Gauchard. Hamlet est quelqu'un qui refuse les mœurs guerrières, païennes et paillardes du royaume. Il s’est isolé pour faire ses études dans une autre ville. De plus, Hamlet, qui est souvent représenté comme un beau jeune homme, est un petit gros (au moment du duel, sa mère dit : « Avec sa corpulence, il est tout essoufflé. » C'est quelqu’un d’extrêmement brillant qui s’est réfugié dans la littérature et le verbe mais qui est complètement handicapé physiquement. Quand il bat Laertes à l’escrime au moment du duel, il surpasse son corps et c’est un exploit incroyable. Quand le roi Claudius demande ce duel, il sait très bien qu’Hamlet n’a aucune chance, d’autant plus que Laertes s’entraîne en France avec les meilleurs escrimeurs.

Sortir. Qu’avez-vous voulu restituer au public de ce texte de Shakespeare ?
David Gauchard. Ce qui m’a intéressé avec cette version épurée, c’est d’aller au plus proche de ce que j’avais pu ressentir en refermant le livre et retrouver des sensations que j’ai pu vivre. Bien sur, Shakespeare a écrit une belle histoire avec de grands moments d’action, mais ce que j’ai le plus retenu, c’est quand l’auteur interpelle le public pour philosopher. Shakespeare pose des monologues où l’on parle de la vanité, du suicide… ce sont ces moments où l’on se pose des questions que je voulais restituer, ainsi que les moments où l’on parle de la poésie, notamment avec les vers autour d’Ophélie. Les moments de philosophie clownesques comme les dialogues avec les fossoyeurs ou le personnage de Polonius aussi sont aussi des moments que j’ai voulu extraire de cette pièce.

Sortir. Est-ce que les acteurs qui jouent Hamlet ont, comme Arm le rapeur, cette diction un peu hachée qui martèle les mots ?
David Gauchard. Ce n’est pas toujours le cas, mais oui, un peu. En tout cas, ce n’est certainement pas une caricature ou une imitation du hip-hop. Je n’ai jamais demandé aux acteurs de regarder MTV pour s’imprégner de ce style. La musique nous impose un certain rythme, le décasyllabe nous en impose un autre. En plus, je veux que la parole aille vite, que les acteurs ne soient pas torturés et qu’ils aillent droit, face au public, pour exprimer la pensée et les propos des personnages. Alors, oui, cette diction qui affirme est résolument moderne et est peut-être proche du style hip-hop.

Sortir. Les aficionados de Shakespeare ne vont peut-être pas apprécier ce “Hamlet” passé au shaker…
David Gauchard. Quand nous avons joué Hamlet version longue, c’est un peu ce je craignais, mais on ne trompe personne, ce n’est pas un Shakespeare avec des perruques. C’est Hamlet / thème et variations, le sous-titre est très important, c’est-à-dire qu’on attrape le thème et on varie autour. Pour qui connaît la pièce, on est dans le plaisir de voir comment, encore aujourd’hui, on peut le faire évoluer.

Sortir. Pas de perruque, ça veut dire que nous sommes en costume et décors d’aujourd’hui ?
David Gauchard. Les costumes, comme le reste de la pièce, correspondent à une charte graphique. Les acteurs sont en jean, tennis noirs et t-shirts noirs. De même, la scénographie est très abstraite avec des formes géométriques très précises, assez carrées, proches du rubik’scube. Le décor est très épuré : une table avec tous les ordinateurs, le CDJ pour scratcher et toute la technique musicale puisque le DJ’ est sur scène… et puis une chaise, un écran et des tableaux. La scénographie, ce sont surtout ces tableaux qui sont magiques, phosphorescents et qui réservent des surprises. Tout cela est complètement épuré : ce sont la lumière et la musique qui vont créer le décor.

Sortir. Il y a aussi marionnettes et vidéos sur scène…
David Gauchard. La marionnette est une création d’Émilie Valantin. Les acteurs jouent avec cette marionnette qui pourrait être l’image de la vanité, notamment dans la scène d’Hamlet et du crâne. Les vidéos sur scène seront des vidéos illustratives de décors. La scène de La souricière (le meurtre du roi) est une scène qui mêle le chant de Arm, la vidéo et une projection de diapositives. Le traitement du duel est un film projeté du genre vidéo/clip /cinéma.

Sortir. Les gens qui travaillent au Théâtre de Cognac et qui ont vu des bouts de répétition sont assez unanimes sur la qualité et la force de la pièce. Ça s’explique comment ?
David Gauchard. Tant mieux si à Cognac ils ont été séduits, d’autant plus qu’ils n’ont vu aucun décor, aucune lumière… La force de ce spectacle, c’est qu’il y a énormément de gens de qualité qui y ont participé. Entre la première et la deuxième version, beaucoup d’artistes se sont investis sur ce spectacle : la musique, les vidéos, l’affiche, la traduction, la marionnette… le moindre détail a été travaillé et cette association d’artistes très différents semblait au départ improbable. J’ai la chance d’avoir un parcours qui m’a permis de rassembler tous ces gens qui ont créé la richesse de Hamlet / thème et variations.