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La parole de Raúl Barboza
Entre Deux Rives - Avec l’Alter Quintet
Du 5 novembre au 16 décembre en Sud Charente
L’association Anis Trio, organisatrice de La Guinguette Mobile, a l’honneur de recevoir en résidence artistique Raúl Barboza & l’Alter Quintet. Du 5 novembre au 16 décembre, ils créent un spectacle musical intitulé Entre Deux Rives. Les spectateurs sont invités à découvrir les coulisses de ce projet atypique. Répétitions publiques au théâtre du château de Barbezieux, soirées festives en présence des artistes, expositions et autres manifestations auront lieu en Sud-Charente. À cette occasion, nous avons demandé à Raúl Barboza d’expliquer la nature de cette création unique en son genre et de revenir sur son parcours musical. Le musicien argentin proposera également de faire découvrir la culture guarani.
Vous êtes en résidence artistique en Charente afin de créer un spectacle musical avec l’Alter Quintet. Comment vous êtes-vousrencontrés ?
Raúl Barboza. J’ai connu Alfonso Pacin (Alter Quintet) il y a déjà sept ans. Nous faisions un travail artistique ensemble en duo (il m’accompagnait à la guitare). Aujourd'hui, nous travaillons en collaboration avec Anis Trio (Alice Bécard), afin de faire une création qui invite les cordes de l'Alter Quintet à se marier avec ma musique. Et comme moi aussi, je cherchais à faire des choses avec des cordes, tout s'est mis en place très vite. J'ai fait la connaissance des autres musiciens, dont des Latino-Américains et des Français. C'est une réunion de musiciens de différents continents pour faire une création artistique originale.
L’Alter Quintet et vous-même avez le goût du mélange des genres et de la rencontre des cultures. Parlez-nous de vos influences musicales.
Raúl Barboza. Je suis un musicien argentin, mais moi, ma culture, ce n’est pas le tango. Je suis descendant de la culture des indiens Guarani. C’est vrai, maintenant je joue le tango, parce que, en toute humilité, je peux dire je sais le jouer. Mais, j’essaye et je m’efforce de faire connaître aussi les autres musiques argentines. Et en ce moment, avec Alfonso, on travaille la musique Guarani. Lui, il a fait des arrangements pour jouer cette musique-là avec l’Alter Quintet (musique de chambre, jazz, tango). C’est une nouvelle musique qu’on veut créer pendant cette résidence en Charente.
Vous avez participé à beaucoup de collaborations musicales. Celle-ci est-elle plus singulière que les précédentes ?
Raúl Barboza. Bien sûr, parce que c’est la première fois que la musique de ma région va rentrer dans l’esprit de musiciens classiques à travers des compositions. Ce que je joue c'est une musique populaire, je suis un musicien qui joue à l'oreille. Mon idée est de joindre la musique populaire et la musique savante. Je crois que c'est un instant de création très spécial. Pour moi c'est très important de rappeler cela, parce que mes amis de l’Alter Quintet et moi-même avons très envie de découvrir le résultat d’une telle rencontre musicale.
L’improvisation joue un rôle important ?
Raúl Barboza. Vous savez, tous les groupes à cordes doivent jouer avec la partition pour travailler les compositions. Par contre, moi je connais bien la musique traditionnelle de la région guarani, donc je peux improviser dessus. L’improvisation me permet de travailler les nuances, par exemple les passagesfortissimo, pianissimo... Il y a à l’esprit que tout en jouant les notes de la partition, par rapport au quintet, je travaille l’improvisation tout en restant attaché à l’harmonie et à toutes les choses déjà écrites. Mais je joue quand même en liberté complète car je ne suis pas un grand lecteur de partition, je vais plutôt apprendre par cœur tout ce que je vais écouter, et à partir de ça je me débrouille (rire).
La plupart des gens ne connaissent pas (ou mal) la musique traditionnelle des Indiens Guarani et le Chamamé. Vous qui êtes issu de cette culture, pouvez-vous nous en parler ?
Raúl Barboza. Le Chamamé c’est une musique que l’on joue au Nord-Est de l’Argentine, et dans les pays frontaliers : au Paraguay et aussi au Sud du Brésil. Cette musique est compliquée à jouer parce qu’à l’origine, c’est une danse polyrythmique. Ça veut dire que la main droite joue à ton binaire et la main gauche à ton ternaire, juxtaposées. Dans la même mesure, on peut jouer 6/8 main droite, 3/4 main gauche. Ce n’est pas une musique « ethnique », je prends toutes les connaissances des communautés guarani et j’essaye de les mélanger aux musiques contemporaines.
L’accordéon est-il un instrument de prédilection dans la musique argentine et le Chamamé ?
Raúl Barboza. Oui. Au début de la conquête espagnole, les prêtres de l’église catholique qui sont venus en Argentine pour convertir les populations locales ont emmené des orgues. Un d’entre eux s’est installé dans la région guarani avec un orgue qui n’avait pas tous ses tuyaux. Il les a remplacés par des bambous, offrant un son si particulier à son instrument que pendant trois siècles, les Indiens se sont habitués à ces sonorités étrangères au début. L’accordéon diatonique ou l’accordéon chromatique ne sont ni plus ni moins que des orgues miniatures. Ce n’est pas un instrument contraire à la tradition, il fait désormais partie de la culture argentine.
Peut-on parler d’une rencontre fusionnelle entre l’Alter Quintet et vous afin de ne former qu’un seul et même groupe de musiciens ?
Raúl Barboza. C’est une idée de groupe. Tout en restant fidèles à nos répertoires. L’Alter Quintet joue son répertoire et moi je joue le mien. Mais, on part dans un projet de travail en commun, ensemble, simplement parce que j’aime ce que fait le quintet et je pense qu’ils ont ce désir d’explorer la musique populaire, celle que je joue, celle de ma région en Argentine. Et mon idée c’est de continuer cela, entretenir ce mélange et le développer de plus en plus.
Préparez-vous d’autres concerts sous cette formule de groupe (avec l’Alter Quintet) ?
Raúl Barboza. Oui, c’est quelque chose que nous avons envie de continuer, d’avoir la possibilité de développer ce groupe en faisant beaucoup de concerts, d’arrangements, etc. Et peut-être un jour, avoir la posssibilité de jouer avec un grand orchestre classique.
Pourquoi avez-vous choisi de créer ce spectacle en Charente plutôt qu’ailleurs ?
Raúl Barboza. Simplement parce qu’Alice Bécard et Anis Trio ont mis à notre disposition tous les moyens nécessaires pour cette rencontre, nous offrant cette possibilité de créer comme nous le désirions. C’était très spontané et généreux pour nous. Ce n’est pas un choix de notre part, c’est un cadeau qu’on nous a offert.
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